Isaac Bashevis Singer

Isaac Bashevis Singer est né le 21 novembre 1902 à Leoncin, en Pologne. Fils d’une famille juive très religieuse, il est l’auteur de nombreux romans en langue yiddish, qu’il traduira plus tard lui-même en anglais. Il décèdera le 24 juillet 1991 à Miami, en Floride.

L’auteur et le judaïsme

Né d’un père rabbin hassidique et d’une mère elle-même fille de rabbin, Isaac Bashevis Singer grandit à Varsovie, où lui fut dispensé une éducation à la fois traditionnelle et religieuse. Il y apprend notamment l’hébreu moderne et les préceptes de la kabbale, sous la conduite de son père, à la fois leader spirituel juif et juge.

Très vite, Isaac Bashevis Singer commence à écrire, d’abord en hébreu, puis en yiddish, sa langue maternelle. Sa première nouvelle, Satan in Goray, est publiée en 1932, alors que l’auteur est âgé de 30 ans.

Cinq ans plus tard, face à la montée inquiétante de l’antisémitisme en Europe, il fait le choix d’émigrer aux Etats-Unis avec son frère Israel Joshua Singer, également écrivain. Il sera naturalisé américain en 1943.

Dans les années 50, la traduction de ses oeuvres en anglais enthousiasme le public américain ; il reçoit le National Book Award en 1974, ex-aequo avec Thomas Pynchon, puis le Prix Nobel de Littérature en 1978, pour son “pour son art de conteur enthousiaste qui, prenant racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises, ramène à la vie l’universalité de la condition humaine”.

Isaac Bashevis Singer s’inscrit dans la longue tradition des conteurs yiddish traditionnels, alliant dans ses oeuvres le surnaturel et la satire, due à l’observation des moeurs juives contemporaines. Il fait de l’individu juif un être constamment en proie au doute, déchiré entre ses passions et le respect de ses traditions communautaires et religieuses.

Son engagement en faveur du végétarisme

Dès le milieu des années 60, Isaac Bashevis Singer devint un végétarien convaincu, rapprochant le traitement que les hommes infligent aux animaux, à la façon dont les nazis ont traités les juifs durant la seconde guerre mondiale. Il est le premier à oser une telle comparaison.

Il prête ainsi ses convictions à de nombreux personnages de ses romans ; ainsi écrit-il dans Ennemies, une histoire d’amour (1972) : “Bien que Herman ait souvent assisté à l’abattage d’animaux et de poissons, il avait toujours la même pensée : dans leur comportement envers les autres créatures, tous les hommes sont des nazis.”

L’auteur justifie son végétarisme en arguant que les motifs de son choix étaient liés à la santé, avant de préciser :  “à la santé des animaux ! ”.

Il est en outre très pessimiste sur l’avenir du monde, et convaincu que la souffrance et le meurtre des animaux tels que nous les connaissons actuellement, constituent un prélude à la souffrance et au meurtre des humains ; ainsi déclarait-il en 1979, dans l’introduction de Vegetarianism, a way of life, de Dudley Giehl : “Tant que les êtres humains continueront à répandre le sang des animaux, il n’existera pas de paix dans le monde. La distance qui existe entre la création des chambres à gaz à la Hitler et les camps de concentration à la Staline n’est que d’un pas, car tous ces actes ont été perpétrés au nom d’une justice sociale et il n’y aura aucune justice tant que l’homme empoignera un couteau ou un pistolet pour détruire des êtres plus faibles que lui.”

Avec un sens aigu de la réalité, l’écrivain craint que l’indifférence de l’humanité vis-à-vis des animaux ne se termine jamais, mais encourage plutôt l’avènement d’une époque dans laquelle la chasse aux êtres humains deviendra un sport.

Isaac Bashevis Singer n’a en effet jamais compris comment des poètes, sensibles à la beauté des choses et des mots, aient pu aimer pêcher ou chasser, sans penser que leur choix entrainait la mort d’animaux au nom d’un sport pour les humains : “Tout ce verbiage sur la dignité, la compassion, la culture ou la morale semble ridicule lorsqu’il sort de la bouche même de ceux qui tuent des créatures innocentes, pourchassent des renards que leurs chiens ont épuisés, ou même encouragent l’existence des combats de taureaux et des abattoirs. Toutes ces explications, selon lesquelles la nature est cruelle et donc nous sommes en droit d’être cruels, sont hypocrites. Rien ne prouve que l’homme soit plus important qu’un papillon ou qu’une vache. Je considère le fait d’être devenu végétarien comme la plus grande réussite de ma vie. Je ne prétends pas sauver beaucoup d’animaux de l’abattoir, mais mon refus de manger de la viande est une protestation contre la cruauté… Personnellement, je ne crois pas qu’il puisse y avoir de paix dans ce monde tant que les animaux seront traités comme ils le sont aujourd’hui.”

Citations de l’auteur

“Le végétarisme est ma religion (…) et je ne peux supporter absolument aucun manque de cohérence et de justice, même dans le cas où il proviendrait de Dieu. Si une voix divine s’adressait à moi et me disait « Je suis contre le végétarisme », je répondrais « eh bien moi, je suis pour ! » (…) Ceci est ma protestation contre la conduite du monde. Etre végétarien signifie être en désaccord avec le cours actuel des évènements, et l’affirmer dans une puissante déclaration : le végétarisme ! »

“Les gens disent souvent que les humains ont toujours mangé des animaux, comme si c’était une justification pour continuer la pratique. Selon cette logique, nous ne devrions pas essayer d’empêcher les gens d’assassiner d’autres personnes, puisque ceci existe aussi depuis les tous premiers temps.”

“Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka.”

Je continuerais à me nourrir de manière végétarienne même si le monde entier commençait à manger de la viande. Cela est mon opposition à l’ère atomique, la famine, la cruauté – nous devons lutter contre. Mon premier pas est le végétarisme et je pense que c’est un grand pas.”

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5 CommentairesLaisser un commentaire »
  • 24 septembre 2010 Répondre
    Flocon dit:

    Merci de me faire connaître cette position essentielle de Bashevis Singer. Sa façon d’exprimer sa révolte contre le carnage de nos frères animaux montre bien qu’il a compris l’identité qui nous associe eux et nous.

  • 26 septembre 2010 Répondre
    Gwalibeth dit:

    Oui, Singer ne voyait aucune différence entre les camps de concentration humains et les abattoirs, ce qui démontre bien que, pour lui, hommes et animaux ne sont pas deux entités distinctes, mais participent tous deux également au règne animal.

  • 20 janvier 2012 Répondre
    Anne Agecoutay (Perzoff) dit:

    Je vous aime, Isaac Singer… Par votre tendresse pour les animaux, votre intelligence de la Nature, vous me rendez à ce peuple qui me semblait trop égoïste, trop humain souvent.
    Je vous aime comme ce grand-père que j’aurais aimé…
    Anne

  • 16 avril 2013 Répondre
    justice dit:

    loin de connaitre Mr Singer j’avoue que sa détermination et sa lutte pour une justice animale avec d’aussi noble moyens que l’abstinence de la satisfaction (a son niveau, meurtriere) de la viande dois nous interpeller. Non pas forcement sur l’idée de migrer vers une vie vegetarienne mais plutot sur l’action que tout un chacun peut déployer fusse t-il solitaire ou personnelle pour lutter contre une quelconque injustice.

  • 30 septembre 2013 Répondre
    Rebelle Lion dit:

    Grand penseur qu’Isaac Bashevis Singer ! Il fallait du courage pour oser parler d’un éternel Treblinka…

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