Les nouveaux végétariens

Seconde partie du Thema d’Arte du 27 mars sur le thème “Doit-on encore manger des animaux ?” (visible ici pendant encore quelques jours), le documentaire “Les nouveaux végétariens” de Michael Richter nous propose de découvrir le mode d’alimentation végétarien, mais aussi l’accueil qui lui est réservé à travers le monde ; en Allemagne tout d’abord, en France, mais aussi en Inde. arte 2

Nouveaux végétariens, leurs motivations

La famille Wittmann

La famille Wittmann ressemble  à la famille allemande traditionnelle et se compose de deux parents et de leurs trois enfants. Parmi eux, les deux plus grands, les deux filles, sont végétariennes depuis plusieurs années.

les nouveaux végétariensNous rencontrons cette famille de citadins pour la première fois à proximité d’Hambourg, où ils participent à un projet agricole permettant aux citadins de planter et récolter leurs propres légumes. C’est une expérience inédite pour eux, qui ont du tout reprendre depuis le début ; ils n’avaient en effet aucune expérience en matière de jardinage.

Mais c’est aussi quelque chose d’important pour cette famille ; car si, comme nous l’avons vu plus haut, leurs deux filles sont végétariennes depuis plusieurs années, il y a du changement dans l’air ; les parents ont décidé d’essayer à leur tour. En se rendant aux arguments de leurs filles concernant l’écologie, la santé, la maltraitance des animaux… Le père explique ainsi que c’est un enseignement mutuel ; ils aident leurs filles à grandir et participent à leur éducation, mais leurs filles peuvent également leur apprendre des choses. Belle idée. Le père affirme à nouveau être touché par la provenance de la viande et la manière dont elle est produite ; il trouve ce système “insensé, même si on aime bien manger un bon steak” ; c’est ce qui les pousse aujourd’hui à essayer de devenir végétariens, “au moins pendant quelques mois”.

Pourtant les choses ne vont pas être faciles ; il y a seulement 3 millions et demi de végétariens en Allemagne, soit à peine 3% de la population. Et comme toute minorité, les végétariens sont la cible de moqueries. Emilie Wittmann, la plus grande des filles, raconte ainsi que dans sa classe :

“Personne ne comprend que je sois végétarienne. Pour se moquer de moi, des élèves me mettent des sandwichs au salami sous le nez. Pour eux, être végétarien ça n’a aucun sens, c’est inutile ; j’ai déjà eu plusieurs accrochages avec certains d’entre eux”.

Karen Duve

karen duveAuteur de nombreux romans qui ont tous été des best-sellers en Allemagne, Karen Duve a récemment fait éclater une polémique sur le végétarisme en publiant le livre “Anständig essen” (“nourriture décente”, en français). Michael Richter est allé la rencontrer chez elle, où elle vit avec de nombreux animaux.

Elle explique que pour elle, le végétarisme a été difficile au début. Mais que bien qu’aimant beaucoup la viande, elle ne supportait plus la manière dont les animaux étaient traités, même dans l’élevage estampillé “bio”.

Selon elle, la vraie question est de savoir si nous, humains, respectons le droit à la vie des animaux : elle trouve incohérent ce système où l’on donne des jouets aux cochons élevés en cage, où l’on semble se soucier de leur bien-être tout en foulant au pied leur droit le plus élémentaire : celui de vivre.

Mais, toujours selon Karen Duve, le mode d’alimentation que l’on se choisit ne se réduit à une question de santé ou d’éthique, qui sont personnelles et propres à chacun ; c’est aussi une question d’environnement.

“Sur terre, des milliards d’êtres humains consomment toujours plus de viande : au fil de mes recherches j’ai découvert l’impact de la consommation de viande sur le réchauffement climatique, la pollution de l’eau, la déforestation. A terme on n’aura plus le choix, on deviendra tous végétariens. Je sais que je ne sauverai pas le monde en devenant végétarienne ; mais je ne veux plus contribuer à son naufrage. Le compte à rebours a commencé, bientôt il sera trop tard pour faire marche arrière.”

Karen Duve est aujourd’hui végétalienne ; il existe selon elle suffisamment d’aliments de substitution d’origine végétale. Elle donne ainsi l’exemple des yaourts de soja ; tout en reconnaissant que ce n’est pas aussi bon qu’un yaourt au lait de vache, elle dit penser à tout ce que cela implique de manger un yaourt (inséminations artificielles, abattage du veau, maladies et souffrances des vaches laitières), et trouve qu’il est temps de changer nos habitudes alimentaires pour changer cela.

Une exploitation laitière

laitLe réalisateur s’invite alors dans l’une des plus grandes exploitations laitière d’Allemagne, et interroge l’éleveur. Celui-ci affirme face caméra que “dans l’ensemble, leurs conditions de vie [des vaches] me semblent tout à fait convenables”.

Et d’ajouter que bien sûr, les vaches passent toute leur courte vie dans une étable sans jamais voir un pré ou un brin d’herbe ; qu’elle sont traites trois fois par jour, que les veaux mâles sont abattus dès qu’ils ont quelques mois. Qu’en 6 ans de vie (alors qu’elle pourrait en vivre 25 dans la nature), une vache va “produire” 4 veaux, 35 000 litres de laits et quelques centaines de kilos de viande. Ce qui ne l’empêche pas de conclure ainsi :

“D’une certaine manière on s’attache à eux ; mais ça ne m’empêche pas d’envoyer un animal à l’abattage, c’est dans l’ordre des choses. Nous exploitons les animaux mais nous faisons ce que nous pouvons pour que leurs conditions de vie soient dignes.”

Or, à une vingtaine de kilomètres de cette exploitations, nous rencontrons cette fois un couple d’anciens éleveurs. Lui ne supportait plus de devoir mener ses animaux à l’abattoir ; pas aussi pragmatique que son collègue, cet ex-éleveur a ouvert, avec sa femme, un refuge pour des animaux faibles et âgés, qui finiront leurs jours au pré et non à l’abattoir.

gisellaIl cite ainsi l’exemple de deux vaches : Gisela, ancienne de l’industrie laitière qui, du haut de ses 15 ans, a eu 14 veaux et a produit quelques 100 000 litres de lait. Mais l’horreur est complète lorsqu’il nous présente Mathilde ; âgée de 17 ans, elle a été utilisée comme cobaye en laboratoire pour tester de nouveaux médicaments dans le but d’améliorer (rentabiliser davantage ?) l’élevage ; elle était une vache-hublot (pour ceux qui ne connaissent pas le principe, c’est par ici, âmes sensibles s’abstenir).

Pour cet ancien éleveur, l’incompréhension est totale :

“De quel droit maltraitent-ils ainsi des animaux ?! […] En Europe, nous sommes suffisamment riches et intelligents pour trouver une alternative. Seulement voilà, on aime le lait, on aime la viande. Mais en réalité, ces produits sont un luxe dont notre société pourrait très bien se passer ; ce n’est pas vital.”

Le végétarisme en pratique

Chez la famille Wittmann, une sorte d’aide à domicile, membre de la Fédération des Végétariens d’Allemagne, leur apprend à cuisiner différemment ; légumes frais, recettes originale, voilà une idée que l’on aimerait voir exportée en France ! Ils apprennent ainsi à préparer des repas différents, savoureux, et qui surtout respectent l’équilibre alimentaire pour éviter tout risque de carences.

Selon elle, les principales inquiétudes des gens qui se renseignent un peu sur l’alimentation végétarienne sont les carences en protéines et en fer. Et de rappeler que, du point de vue nutritionnel, il n’est absolument pas nécessaire de consommer de la viande ; les produits végétaux contiennent tout ce qu’il faut pour une alimentation saine et équilibrée. Le régime végétarien n’entraine aucune carence !

Michael_Hoffmann_bearbeitet_02Un peu plus tard, on retrouve le couple Wittmann, végétarien depuis 1 mois,à Berlin : chez Margaux, le restaurant du chef étoilé (mais aussi jardinier) Michael Hoffmann. Celui-ci propose un menu végétarien de sept plats sans viande, à partir d’une quinzaine de légumes différents ! Bon, comme dans tous les restaurants gastronomiques, il n’y a pas grand-chose dans l’assiette… Mais les Wittmann semblaient enchantés de découvrir ces nouvelles saveurs, apparemment succulentes.

Le couple nuance néanmoins son expérience du végétarisme : invités à plusieurs barbecues entre amis, ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent… Leurs amis et collègues sont par ailleurs sceptiques quant à leur nouvelle alimentation, et ils doivent essuyer de “gentilles moqueries” de leur part. En Allemagne, l’idée qu’ “un repas sans viande, ce n’est pas un vrai repas” domine encore largement les esprits.

Idée reprise par le réalisateur, qui constate que le végétarisme rencontre beaucoup de résistances, notamment en France. Si les végétariens sont de plus en plus nombreux dans les grandes villes, les habitants des campagnes sont quant à eux encore très attachés à leurs tradition et à la cuisine du terroir. Les foires agricoles en particulier sont  l’occasion pour les éleveurs de présenter leur travail.

Et justement ; en France, à l’une de ces foires, rencontre avec Nicolas Morel, du syndicat des jeunes agriculteurs : un repas sans viande ? Voici ce qu’il en pense :

“Ca me choque, et ça me blesse, parce que il me semble que c’est pas très naturel. Parce que l’homme a évolué à partir du moment où il y a eu de la viande disponible et où il a sur mettre cette viande à disposition par l’élevage, il a pu se développer plus rapidement, il a pu réfléchir mieux, davantage, et ça l’a poussé  à se développer ; et je comprend pas qu’aujourd’hui on puisse avoir envie d’un retour en arrière. Voilà, tout simplement, on est dans une incompréhension. On est en France, avec une gastronomie, et franchement quoi de meilleur que de partager un bon repas autour de quelques tranches d’entrecôtes, ou de faux filet, ou d’une côte à l’os avec un petit ballon de rouge derrière ? C’est quand même autre chose qu’un repas avec des gélules qui nous amèneraient un complément de fer et compagnie.”

Effectivement, “résistance”, c’est bien le mot (je trouve que le passage sur les gélules est cultissime). Malgré tout, des associations se battent pour changer les choses ; c’est le cas de L214, qui milite à Paris pour un jour sans viande par semaine dans les cantines scolaires.

Une idée que le maire du deuxième arrondissement a déjà appliquée ; malgré les première inquiétudes des parents, malgré les “résistances” !

cantineSon but est à la fois pédagogique et écologique et philosophique ; il s’agit de montrer aux élèves qu’il n’y a pas besoin de viande à chaque repas, que cette industrie pollue, et d’attirer leur attention sur la manière dont les animaux sont traités. Avec l’argument massue que, si tous les habitants de la Terre vivaient comme des français, il nous faudrait trois planètes pour subvenir à nos besoins. Mais lorsque l’on voit certains enfants conclure “moi j’aime la viande, je préfère les repas avec de la viande”, on se dit que monsieur le maire a encore du pain sur la planche. Heureusement, pour quelques-uns d’entre eux, l’idée fait son chemin !

Autres lieux, autres mœurs

Et pour ce faire, direction l’ouest de l’Inde, plus précisément la ville d’Ahmedabad et la campagne environnante.

Les fidèles de l’hindouisme refusent en effet toute forme de violence envers les animaux. Par respect pour eux, ils ne mangent donc pas de viande, ni de poisson, et sont donc végétariens. D’ailleurs, sur le vieux marché d’Ahmedabad, il est strictement impossible de trouver un stand vendant de la viande.

Il faut dire qu’il y a 300 millions de végétariens en Inde, ce qui représente plus de 25% de la population du pays. Et, dans les campagnes indiennes, les traditions sont encore très ancrées ; la plupart des gens vivent de leur travail de la terre et respectent strictement les principes de l’hindouisme.

vinesh patelLe réalisateur suit ainsi l’exemple d’une ferme coopérative tenue par un ancien médecin, Vinesh Patel, dans laquelle on associe convictions religieuses et culture biologique. Pour ceux qui y travaillent, un insecte n’est jamais “nuisible” ; il fait partie de leur famille, celle des êtres vivants, il a sa place dans l’ordre divin et doit donc être respecté. C’est pourquoi l’agriculture biologique prend ici tout son sens ; près de 20 familles vivent de la culture de céréales, légumineuses et légumes biologiques.

De plus, le végétarisme est inscrit dans la vision du monde de ces agriculteurs, et une large majorité des villageois sont végétariens.

indeLeurs légumes bio fraîchement récoltés partent tous les deux jours en direction de la vieille ville d’Ahmedabad, à bord d’un camion vétuste. Direction, la casserole de familles végétariennes et citadines. Ils sont particulièrement appréciés, tant pour leur fraîcheur que pour leur mode de production respectueux de la Terre et des animaux.

Une femme vivant à d’Ahmedabad témoigne à propos du végétarisme dans cette grande ville :

“Nous ne cuisinons jamais de viande. Nous sommes très attachées à nos traditions et nous faisons tout notre possible pour manger végétarien. Les jeunes, surtout les ados, peuvent être tentés par la viande ; ça arrive parfois, mais ça reste exceptionnel. Même si la culture occidentale exerce une influence, dans les familles on cuisine toujours végétarien.”

Il faut dire que la cuisine végétarienne indienne est très riche et très variée, bien plus qu’en Occident…

L’enjeu du soja

Pour ce qui est de l’équilibre alimentaire, la nutritionniste indienne Rekha Meta présente le soja comme étant la base d’une alimentation végétarienne variée et équilibrée. En consommer serait essentiel dans une alimentation végétarienne, car le soja couvre à la perfection tous nos besoins en protéines.

reka metaOr, la monoculture du soja, telle que pratiquée en Amérique du Sud (et qui sert surtout à nourrir les animaux d’élevage en Europe et ailleurs), a des conséquences désastreuses sur l’environnement ; c’est pourquoi une ferme expérimentale en Inde conduit un projet sur 20 ans, cultivant pour moitié du soja bio et pour l’autre moitié du soja OGM avec force pesticides et engrais. Après 5 ans, un premier bilan provisoire est dressé : si le rendement d’un champ de soja bio est, dans les premiers temps, inférieur à celui d’un champ de soja OGM, cette tendance s’efface peu à peu avec les années ; et au bout de 5 ans, le soja bio atteint le même rendement que la soja conventionnel. Seule différence notable ; pour le bio, il faut un peu plus de main d’œuvre ; mais l’agriculture conventionnelle impose d’acheter semences et produits chimiques chaque année, sans parler des engins agricoles : ce qui, au final, revient beaucoup plus cher et enferme l’agriculteur dans un cercle vicieux ; s’endetter pour commencer, rembourser une partie de sa dette avec la vente de son soja ; mais l’absence de semences le contraint à en racheter et donc à s’endetter à nouveau…

En outre, la culture durable de soja peut s’avérer être très rentable ; le soja s’exporte très bien (surtout le bio). 95% du soja mondial est destiné à l’élevage intensif ; les 5% restant offrent aux végétariens de par le monde des alternatives à la consommation de viande.

D’ailleurs, plus le soja ressemble à la viande, et mieux il se vend. Les Pays-Bas ne s’y trompent pas et subventionnent depuis plusieurs années des recherches allant dans ce sens, le but étant d’obtenir des produits à base de soja, ayant bon goût (comprendre, le même goût que la viande). Cela représenterait dans les années à venir un marché gigantesque, tant pour les végétariens que pour les amateurs de viande : il s’agirait d’obtenir un produit qui ressemblerait tellement à la viande qu’il deviendrait une alternative possible à celle-ci (nous ne sommes ici plus très loin des cultures de viande synthétiques évoquées par Barjavel dans certains de ses romans !).

produits sojaMais, en Allemagne, la famille Wittmann ne semble pas encore convaincue par cette alternative possible. Si les produits à base de soja ressemblent trop à la viande pour les filles et les écœurent, ils n’en ont en revanche pas assez le goût pour les parents. L’odeur est différente, l’escalope tombe en miette et ne semble pas appétissante, les saucisses ont un goût de “vieux livre”…

Si les filles de cette familles sont bien décidées à rester végétariennes, leurs parents en revanche continueront, après cette expérience, à manger de la viande. Mais beaucoup plus rarement et en se renseignant d’abord sur les conditions d’élevage des animaux qu’ils consomment, car c’est devenu important pour eux.

Il nous suffirait pourtant d’apprendre à apprécier les légumes à leur juste valeur et de changer quelques-unes de nos habitudes alimentaires pour faire de la consommation de viande un lointain souvenir, et donc de la maltraitance et de l’abattage des animaux aussi… Malheureusement, cela semble irréalisable pour le moment ! Pourtant, comme l’affirmait Karen Duve :

“A terme on n’aura plus le choix, on deviendra tous végétariens.  Le compte à rebours a commencé, bientôt il sera trop tard pour faire marche arrière”.

A quand un éveil des consciences ? Espérons que cette soirée Thema y aura contribué…

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2 CommentairesLaisser un commentaire »
  • 1 avril 2012 Répondre
    Alexia dit:

    Evidemment ce documentaire vient en réponse au premier et s’impose comme un souffle vital.Le végétarisme a toujours existé,mais on dirait que les consommateurs de viande ne savent pas vivre sans viande(ou poisson,c’est pareil),un peu comme les drogués sans leur dose,c’est affligeant…A tel point qu’il faudrait les attirer vers » plus » de végétarisme par des aliments qui ressemblent à de la viande…Pragmatique,certes,mais ridicule.Etre végétarien ce n’est pas être en manque de quelque chose,être dans la nostalgie du temps où l’on mangeait de la viande,c’est vivre et concevoir la vie différemment.Expérimenter sur une vache pour de la viande et du lait ou que sais-je encore,reste pour moi un mystère insondable:le mystère de la connerie et de l’ignominie humaine.

  • 18 août 2012 Répondre
    Adieu veau, vache, cochon, couvée… « Documentaires « Le Coin Bibliothèque « Vegmundo, blog végétarien, végétalien et vegan ! dit:

    [...] “La viande dans tous ses états” et une soirée Thema d’Arte sur l’Adieu au Steak et Les nouveaux végétariens en mars dernier, c’est cette fois France 3 qui nous proposait, le 13 juin 2012 à 23h15, un [...]

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