L’adieu au steak

Diffusé le mardi 27 mars dans la soirée Thema d’Arte “Doit-on encore manger des animaux ?”, ce film documentaire est disponible librement sur le site de la chaine pendant 7 jours.

Réalisé par Jutta Pinzler, le doublage français est assuré par Nathalie Baye, qui est elle-même végétarienne pour des raisons éthiques. arte

Zoom sur les habitudes alimentaires en Europe et en Chine

Le documentaire commence par un décryptage édifiant des nos habitudes alimentaires, en Europe en général et plus particulièrement en France et en Allemagne. On y apprend notamment que la consommation de viande par habitant et par an est nettement plus élevée en France que chez nos voisins d?outre-Rhin ; mais c?est bien peu de choses en comparaison des classes moyennes et aisées émergentes en Chine.

Ainsi, la réalisatrice suit-elle les habitudes alimentaires d’une famille chinoise relativement aisée vivant à Pékin ; le “pater familias” affirme manger de la viande au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner ; la balade du weekend dans les petites échoppes de la ville est une nouvelle occasion de profiter d’un en-cas à base de viande. Et, en cas de petit creux nocturne, là encore, on consomme de la viande.

Pour eux, la viande est la base même du repas ; les légumes servent au mieux d’accompagnement. ils affirment ainsi étaler une certaine richesse, avant tout financière : “pouvoir manger ce que l’on veut, quand on veut”. Car en Chine, manger de la viande est perçu comme un signe de réussite sociale. L’alimentation des chinois dans les grandes villes a ainsi énormément changé au cours des dix dernières années ; les campagnes sont amenées à suivre cet exemple, au détriment de l’alimentation chinoise traditionnelle – et, par la même occasion, de la santé des consommateurs.

Ces nouvelles habitudes alimentaires sont sans aucun doute calquées que le mode de vie occidental, et notamment le repas gastronomique à la française (qui fait depuis peu partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité).

L’Europe se pose ainsi comme le fournisseur de viande de la planète, grâce notamment à une agriculture subventionnée et pervertie, et un modèle alimentaire largement dominant et culturellement valorisé.

Une réalité crue

La rentabilité est le maître mot de l’élevage et de la filière de la production de viande ; l’Europe n’est pas le principal fournisseur de viande de la planète pour rien, et semble prête à tout pour le rester.adieu

Ainsi, si l’usage des antibiotiques pour doper la croissance des animaux est théoriquement interdit, le ministre allemand Johannes Remmel fait un constat alarmant ; 96% des viandes issues de diverses exploitations ont démontré, après analyse, contenir des antibiotiques. Johannes Remmel pose ainsi la question légitime de savoir si les antibiotiques sont effectivement utilisés pour lutter contre les maladies comme le prévoit la loi cadre européenne, ou si ces “maladies” ne sont en fait qu’un prétexte pour gaver les animaux d’élevage d’antibiotiques et augmenter ainsi la production de viande ?

Car la course à la rentabilité a des conséquences effarantes. L’exemple des éleveurs de porcs travaillant pour la firme Danish Crown (premier producteur de viande en Europe) est effarant : alors que les truies élevées en liberté pouvaient “produire” une quinzaine de porcelets par an, celles élevée en cage arrivent à un triste record de 31 porcelets. Mais à quel prix ! Ces animaux vivent enfermés dans un bâtiment clos, et au sein de celui-ci, dans une cage où toute liberté de mouvement n’est plus qu’un lointain souvenir ; le cycle infernal des inséminations artificielles, qui ont lieu dès que la portée précédente est sevrée, mettent leurs corps à rude épreuve. Le reportage nous montre ainsi des mamelles ensanglantées, des truies qui n’arrivent plus à se lever, autant d’images insupportables au nom de la sacro-sainte rentabilité. Ou comment le culte de l’argent légitime, pour certains, les pires traitements infligés à des êtres vivants.

Mais aussi atroces que soient les conditions de vie et d’élevage de ces animaux, un nouveau sommet dans l’horreur est atteint lorsqu’ils arrivent à l’abattoir.

Le reportage devient alors plutôt trash, en diffusant des images filmées en 2008 par des enquêteurs de l’association L214 à l’abattoir Charal de Metz ; on y voit notamment des bœufs encore vivants partir à la découpe. Ces images avaient choqué l’opinion publique et créé un véritable buzz au moment de leur diffusion, le groupe Charal n’ayant jamais souhaité communiquer à leur propos.

adieu 2Le réveil des animaux mal étourdis pendant la phase d’abattage a également de quoi faire bondir ; de même que la technique employée pour vérifier s’ils sont bien inconscients, qui consiste à leur piquer la pupille avec stylo !

De la même façon, l’abattage rituel en France est strictement réservé à des cas particuliers, en dehors desquels la loi stipule que l’animal ne doit en aucun cas être conscient lors de sa mise à mort ni de la découpe de son corps. Pourtant, d nombreux témoignages d’employés d’abattoirs laissent à penser que le fait d’égorger l’animal alors qu’il est encore conscient est loin d’être une exception dans les abattoirs français ; sauter l’étape de l’étourdissage permet ainsi une meilleure rentabilité, cela va plus vite…

La grande difficulté, voire l’impossibilité, pour les médias indépendants, d’obtenir des autorisations de tournage au sein des abattoirs français semble en tout cas confirmer ces témoignages… Il semble bel et bien y avoir quelque chose à cacher.

Et nous parlons pourtant bien de l’Europe, de pays qualifiés de “développés”, “riches”, qui servent d’exemple à une partie du monde… Bel exemple…

Car si les questionnements concernant l’impact de la production et de la consommation de viande sur la santé et l’écologie commencent à émerger en Europe, les questions du goût et du coût restent primordiales pour beaucoup de gens. En France en particulier, la question du bien-être animal passe largement à la trappe.

Heureusement, quelques activistes n’hésitent pas à lancer ces questions au premier plan : en entrant illégalement dans les élevages industriels et filmant des carcasses d’animaux morts, parfois pourries et décomposées au milieu d’animaux malades destinés à la consommation humaine, ils apportent la preuve indiscutable de la maltraitance des animaux, et du je-m’en-foutisme total des industriels concernant leur santé, mais aussi celle de leurs clients.

Et pourtant, nous sommes en Europe…

Le micro-trottoir révèle quant à lui l’égoïsme et les œillères des européens en matière de consommation de viande. Morceaux choisis :

“Je sais bien que les conditions d’élevage des poulets ne sont pas bonnes mais je ne pourrais pas me passer de viande, l’envie est trop forte.”

“Le poulet, la viande rouge, j’adore ça ! ”

“Il n’y a pas tellement de choix, en dehors du poisson et de la viande, qu’est-ce que vous voulez manger ? Des légumes ?”

Des conséquences humaines et écologiques

La culture de céréales destinées à l’élevage en Amérique du Sud

La farine et le tourteau de soja constituent la base de l’alimentation des animaux d’élevage. Or, l’Europe a atteint ses limites en terme d’espace agricole et de productivité, et doit donc importer le soja nécessaire à l’alimentation de ses animaux d’élevage.

Et c’est pourquoi la réalisatrice s’intéresse au cas particulier du Paraguay. Sachant que 16 kg de céréales sont nécessaires pour obtenir 1 kg de viande, et au vu des milliards d’animaux tués pour leur chair chaque année en Europe, on comprend aisément que la culture du soja est très lucrative. Et c’est pourquoi certains n’hésitent pas à empoisonner la Terre et ses habitants ; comme les animaux, dans certaines régions du monde, des humains sont aussi sacrifiés sur “l’autel de la productivité”, et donc, du profit.

La culture de soja OGM nécessite de plus en plus de terres ; et peu importe que l’épandage massif d’engrais et de pesticides qui vont de paire aient des répercussions sur la santé des populations locales. Expropriations illégale de petits cultivateurs contraints d’aller s’entasser dans des bidonvilles, violences policières, actes de torture, incendies volontaires… Tous les moyens sont bons pour faire de la place aux grandes firmes, pour que les producteurs de soja puissent exploiter le plus de terres possible.

Au Paraguay, une avocate se bat contre ce système ; il s’agit de Milena Pereira, qui déclare face à la caméra :

“Les européens n’ont aucune idée des implications de leur consommation quotidienne de viande. […] Les décideurs économiques ne tiennent aucun compte des droits et des besoins de la population paraguayenne ; la seule chose qui compte ce sont les affaires, c’est-à-dire la production de céréales, de soja et de viande”.

petrona talaveraAu Paraguay, rares sont ceux qui osent intenter un procès à ces nantis, tant la pression est forte et les représailles spectaculaires. Une femme a cependant oser assigner une entreprise en justice ; il s’agit de Petrona Talavera, la mère de Silvino Talavera, un jeune garçon décédé à l’âge de 11 ans d’une intoxication aux pesticides. Si Petrona Talavera a obtenu gain de cause auprès de tribunal en seconde instance, elle a finalement perdu son procès en cassation. C’est avec amertume qu’elle affirme aujourd’hui qu’il n’y a “pas de justice pour les pauvres”.

Un constat que partage le docteur Setla Benitez-Leite, chef d’une clinique pédiatrique, qui alerte depuis des années les autorités sur la corrélation entre les malformations et la mortalité infantiles, et la présence massive de pesticides et autres produits chimiques destinés à la culture massive du soja.

Mais tout cela, l’Europe n’en a que faire.

Roger Waite, porte-parole européen sur questions relatives à l’agriculture et au développement rural, se justifie ainsi : “c’est le marché qui décide”. Il reconnait tout de même, du bout des lèvres, un petite responsabilité de la politique européenne vis-à-vis des populations d’Amérique du Sud, mais s’empresse d’ajouter pour la deuxièmes fois en quelques minutes qu’au final, “c’est le marché qui décide, nous n’y pouvons rien”. En voilà un qui a bien appris sa leçon.

Car c’est bien la politique européenne qui est en cause, en particulier la PAC, ou Politique Agricole Commune ; elle représente 40% du budget de l’UE chaque année, et concerne pas moins de 85 000 éleveurs en France? C’est en raison de cette politique, qui soutient artificiellement le marché agricole et l’élevage européen depuis de nombreuses années, que certains sont prêts à tout pour s’enrichir encore davantage ; mais aussi que le marché de la viande est complètement perverti.

L’anéantissement pur et simple du marché africain

Il est difficile, voire impossible pour de nombreux pays, de lutter contre le prix de la viande européenne, artificiellement baissée grâce aux subventions démesurées de l’Union Européenne.

david kingJutta Pinzler évoque ainsi le cas du Ghana, dont l’élevage de volaille a été réduit à néant, ne pouvant rivaliser avec les prix ultra-compétitifs de l’UE. Un poulet produit au Ghana coûte 6$ ; le même, importé depuis l’UE et conservé grâce à du formol (!), ne coûte que 50 cents.

David King, du Syndicat Agricole d’Afrique de l’Ouest, représente les intérêts des producteurs locaux et se bat pour empêcher que l’histoire ne se répète au Nigéria. Il raconte ainsi une triste anecdote ; en 2003, le FMI (Fond Monétaire International) a refusé que le gouvernement ghanéen instaure des taxes sur ces volailles importées pour sauvegarder son économie locale. S’il s’opposait à cette mesure, le pays se verrait refusé les l’accès aux crédits, et serait donc dans l’impossibilité d’espérer un quelconque développement économique, social, etc.

L’Union Européenne semble bien décidée à approvisionner le monde en viande, quelles qu’en soient les conséquences.

Les aspects écologiques de la production intensive de viande

Comme nous l’avons vu plus haut, la production européenne de viande a un impact dévastateur sur les plus pauvres. Mais c’est également vrai au niveau écologique, comme ce documentaire nous le prouve tristement.

Des chercheurs allemands se sont penchés sur les taux de nitrates contenus dans les nappes phréatiques, et qui rendent l’eau impropre à la consommation. Dans certaines régions d’Allemagne, ce taux est 4 fois supérieur à la norme, et dépasse de loin les recommandations européennes en la matière. C’est également le caEpangage de lisier au champ à la fin de l'hiver. Bretagnes en France, où l’élevage intensif de porc en Bretagne et l’épandage du lisier sur les champs.

L’élevage intensif a également un impact sur le réchauffement climatique. Les vaches sont en effet responsables à elles seules de 75% des émissions de méthane d’origine animale, qui participe au réchauffement climatique. Il n’y a qu’une seule solution pour lutter : diminuer la consommation de viande. Si chaque habitant de l’Union Européenne s’abstenait de manger de la viande 1 jour par semaine, cela permettrait de ramener le niveau de méthane à ce qu’il était il y a 20 ans !

Mais, à propos du tableau assez sombre qui se dresse pour notre avenir, notre bon Roger Waite prophétise, une troisième fois, que “le marché décidera” (quand je vous dit qu’il a bien appris sa leçon !). Avant d’ajouter : “En Europe, nous devons maintenir notre production pour ne pas devoir recourir un jour à des importations massives”. Il n’est visiblement pas question de remettre nos habitudes de consommation en question, dussions-nous pour cela détruire la planète et deux bons tiers de ses habitants.

Quel constat s’impose au final ?

Pour la majorité des acheteurs européens, la priorité est d’acheter de la viande à bas prix ; la demande conditionne l’offre (merci Roger), qui est elle-même soutenue artificiellement par la politique agricole commune de l’Union Européenne ; nous avons là un cercle vicieux sans faille.

Les questions relatives à l’écologie, à la santé, mais aussi et surtout à la maltraitance des animaux passent totalement à la trappe face à cet impératif ; et c’est particulièrement vrai en France, où la “culture” et surtout le “goût” dominent aveuglément toute forme de réflexion sur la remise en cause de la consommation de viande, pourtant nécessaire à un assez court terme.

C’est donc un constat bien triste, qui s’achève d’ailleurs sur l’image difficilement supportable d’un veau trainé à l’abattoir. Comme si c’était normal de tuer les animaux, de tuer les hommes, et d’empoisonner la Terre juste parce que “Le poulet, la viande rouge, j’adore ça !”.

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2 CommentairesLaisser un commentaire »
  • 1 avril 2012 Répondre
    Alexia dit:

    Ce reportage est bien construit car il présente aux néophytes( tous ceux qui vont acheter leur viande ou leurs plats cuisinés au supermarché,soit tout le monde)les problématiques essentielles liées à la consommation de viande.Il est clair qu’en France,en Europe et plus largement dans les pays industrialisés,la population,le consommateur lambda ne semble avoir aucune conscience de ce que leur mode de vie et leur comportement aveugle engendre.C’est sidérant!!Ce qui est révoltant,c’est cette façon hypocrite et consensuelle d’appeler ça le « marché »!Eh bien qu’il change ce « marché »!!!

  • 15 juin 2012 Répondre
    Adieu veau, vache, cochon, couvée… « Documentaires « Le Coin Bibliothèque « Vegmundo, blog végétarien, végétalien et vegan ! dit:

    [...] Spécial en février titrée “La viande dans tous ses états” et une soirée Thema d’Arte sur l’Adieu au Steak et Les nouveaux végétariens en mars dernier, c’est cette fois France 3 qui nous proposait, le [...]

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